COMPARAISONS AVEC LES ESPÈCES PROCHES DE LITHOBIUS (LITHOBIUS) LEMAIREI N. SP. En ce qui concerne les chilopodes, les grottes des Alpes-Maritimes ne font l’objet de récoltes régulières que depuis quelques années (Iorio 2010 a, 2010 b; présent travail); une partie d’entre elles avaient été plus ou moins étudiées par les auteurs (Caziot 1925; Jeannel 1926; Manfredi 1932; Zapparoli 1980, 1993; Minelli & Zapparoli 1985, 1992; Iorio 2008). Comme cela est illustré plus haut pour certaines espèces (Eupolybothrus longicornis, Lithobius pilicornis), nombre de chilopodes, notamment parmi les lithobiomorphes, sont enclins à pénétrer dans les milieux souterrains (entrées de grottes, zone intermédiaire ou zone profonde). Deux espèces de Lithobiomorpha s’étant même spécialisées dans le milieu cavernicole sont connues en Provence-Alpes-Côte d’Azur: les troglobiontes L. (L.) scotophilus Latzel, 1887 (Alpes-Maritimes) et L. (L.) fagniezi Ribaut, 1926 (Var). Ces derniers sont toutefois très éloignés morphologiquement de L. (L.) lemairei n. sp. (Latzel 1887; Manfredi 1948; Iorio 2008, 2010 b). Une autre espèce cavernicole de Lithobius de la province de Cunéo, très probablement nouvelle, trouvée par Matic mais qui est restée inédite (A. Minelli comm. pers.), se rapproche de L. (L.) scotophilus tout en ayant aussi la particularité de posséder chez les deux sexes, sur la face latérale-postérieure des fémurs et surtout tibias et tarses des P 15, un sillon longitudinal large, mais peu profond. Elle reste très différente de L. (L.) lemairei n. sp. sur plusieurs autres caractères importants, avec entre autres quatre à cinq petits ocelles pigmentés de chaque côté de la tête, des prolongements triangulaire très accentués aux tergites 9, 11 et 13, et une spinulation nettement plus fournie (A. Minelli comm. pers.). Ainsi, seules quatre espèces du genre Lithobius se rapprochent de L. (L.) lemairei n. sp. sur le plan morphologique (Tableau 3): en premier lieu, à cause de leurs structures très proches aux P 15, L. (L.) guadarramus Matic, 1968 du Nord de l’Espagne et surtout L. (L.) longiscissus Serra, 1987 du Sud-Ouest de l’Espagne. Puis, en raison de leur plus grande proximité géographique et d’autres aspects morphologiques liés à leur étroite adaptation aux milieux souterrains profonds, les troglobiontes suivants: L. (L.) cherpinedensis Iorio, 2010 de Corse; L. (L.) electrinus Verhoeff, 1937 du Nord-Est de l’Italie, qui a été revu en détail pour cette description par l’un de nous (MZ) (Manfredi 1935, 1948; Verhoeff 1937; Matic 1957, 1967, 1968; Serra 1980, 1987; Salinas 1990; Zapparoli & Minelli 2006; Iorio 2010 b); ce dernier étant reconnu synonyme senior de L. binaghii Manfredi, 1955, L. italicus Matic, 1957, L. plumbeus Manfredi, 1948 et L. vignai Matic, 1967 (Minelli et al. 2013). Bien que nous n’ayons pas encore pu examiner de mâle, la morphologie remarquable de L. (L.) lemairei n. sp. autorise aisément des comparaisons fiables avec les taxons ci-dessus (cf. Tableau 3). Lithobius (L.) lemairei n. sp. partage avec Lithobius (L.) longiscissus la particularité remarquable d’avoir un sillon longitudinal sur la face latérale-postérieure des fémurs, tibias, basitarses et tarses des P 14 et des P 15. Ce sillon est toutefois plus profond chez le second que chez le premier. Lithobius (L.) guadarramus possède également un tel sillon, mais uniquement sur les tibias, basitarses et tarses des P 14 et des P 15. Lithobius (L.) longiscissus et L. (L.) guadarramus, épigés, se différencient nettement de L. (L.) lemairei n. sp. par le fait de posséder au minimum quatre ocelles bien pigmentés. De plus, entre autres différences, L. longiscissus possède des prolongements denticulaires accentués au tergite 13 (T 13), tandis que L. (L.) lemairei n. sp. en est dépourvu; L. (L.) guadarramus, quant à lui, possède un organe temporal nettement plus petit. Par la même structure remarquable décrite ci-dessus, soit celle du sillon longitudinal sur la face latérale-postérieure des fémurs, tibias, basitarses et tarses des P 14 et des P 15, il se distingue d’emblée des deux autres taxons, qui sont eux troglobies et complètement anophthalmes. En outre, le détail de la spinulation fournit également des éléments précieux pour séparer L. (L.) lemairei n. sp., L. (L.) cherpinedensis et L. (L.) electrinus (Tableau 3). Enfin, il est intéressant de constater que dans les Alpes-Maritimes, la seule autre espèce qui possède un sillon latéralpostérieur aux P 15, mais uniquement aux basitarses et aux tarses, est L. (L.) pyrenaicus Meinert, 1872. Toutefois, cette grande espèce épigée (15 à 24 mm de long) diffère fortement de L. (L.) lemairei n. sp. par de nombreux autres caractères, notamment par la présence de 12 à 16 ocelles pigmentés et par la structure de la griffe gonopodiale de la femelle qui est constamment unidentée, complètement dépourvue de dentelures latérales (Iorio 2008, 2010 b).
Iorio, Étienne, Zapparoli, Marzio, Ponel, Philippe, Geoffroy, Jean-Jacques (2015): Les myriapodes chilopodes (Chilopoda) du Parc national du Mercantour, du département des Alpes-Maritimes et de leurs environs: description d’une nouvelle espèce du genre Lithobius Leach, 1814 s. s., synthèse des connaissances et espèces menacées. Zoosystema 37 (1): 211-238, DOI: 10.5252/z2015n1a11, URL: http://dx.doi.org/10.5252/z2015n1a11